Q-I l’histoire

En 1904, à la demande du gouvernement français, le psychologue Alfred Binet met au point un test afin de détecter ceux, parmi les enfants d’âge scolaire, qui ne pourront pas suivre une scolarité normale en raison de leurs insuffisances intellectuelles. Cent ans plus tard, les tests de quotient intellectuel (QI) sont utilisés par les psychologues du monde entier, notamment pour repérer les enfants à haut potentiel. Car être surdoué n’est pas toujours facile à vivre…

Les tests de QI ne mesurent pas l’intelligence, puisqu’elle est par essence un objet aux contours indé¬finis, donc impossible à mesurer. Ils éva¬luent l’efficacité du fonctionnement intellectuel d’un individu. Le psychologue français Alfred Binet a conçu la première échelle en 1904. Il a procédé par tâtonne¬ments sans s’appuyer sur un modèle théorique de l’intelligence. Il cherchait à évaluer de grands processus, raisonne¬ment, attention, mémoire. Ayant constaté que la capacité de résoudre certaines épreuves variait avec l’âge, il a eu l’idée d’introduire la notion d’« âge mental » : lorsqu’un enfant peut résoudre les problèmes correspondant à son âge réel mais non ceux du niveau supérieur, son âge mental équivaut à son âge réel. Sinon, il est soit en avance, soit en retard. 

Pour relativiser l’écart – qui n’a pas la même signification à 6 ans ou à 12 ans par exemple, le psychologue allemand Wilhelm Stern a eu l’idée, en 1912, de calculer le rapport entre âge mental et âge réel, et de multiplier le résultat par 100. La notion de « quotient intellectuel » était née. Mais on constata assez vite des biais : d’une part, l’échelle était linéaire alors que le développement mental progresse par paliers, d’autre part, la notion d’âge mental n’a pas de sens pour les adultes. Ces faiblesses du premier QI ont conduit le psychologue américain David Wechsler à mettre au point dans les années trente de nouvelles échelles plus précises, qui sont toujours utilisées aujourd’hui.

Comme Binet, Wechsler a construit ses échelles de façon très empirique sans se fonder sur des bases théoriques de l’intelligence. Mais il a eu l’idée de construire des tables normatives – qui vont de trois mois en trois mois pour les enfants –, dans lesquelles sont reportés les résultats obtenus par un échantillon de la population à chaque test. Cela permit de s’affranchir de la notion d’âge mental. On ne calculait plus un quotient mais un rang par rapport à une population de référence. Wechsler garda cependant le terme de QI parce qu’il était devenu populaire. Le psychologue étoffa les tests afin de mettre en jeu un plus grand nombre d’aptitudes intellectuelles. Il les regroupa en deux sous-échelles : l’une, celle du QI verbal, fait appel aux connaissances acquises et à la capacité à manier le vocabulaire et les chiffres ; l’autre, le QI performance, permet d’évaluer la capacité à reconstituer un raisonnement, à décou¬vrir une stratégie face à une situation nouvelle… Le QI verbal et le QI performance servent à calculer le QI total, qui n’est pas leur moyenne arithmétique, mais un score global compensé. Ses échelles doivent être maniées avec prudence. Aucun des trois scores ne permet de pointer des compétences ou des déficiences dans tel ou tel domaine intellectuel. Par la suite, on a mis aux point trois niveaux d’échelles différents correspondant à des tranches d’âge précises de la population : le Wppsi*, pour les enfants d’âge préscolaire, de 2 ans et demi à 6 ans 9 mois ; le Wisc*, qui va de 6 ans à 16 ans 11 mois ; et la version adulte, le Wais*, de 16 à 89 ans.

Comment sont étalonnées ces échelles…

 Elles sont étalonnées tous les dix ans aux États-Unis où les protocoles sont établis et validés sur des échantillons représentatifs de la population, à la fois par tranche d’âge et par niveau de développement (tout-venants, surdoués…). Puis elles sont traduites, adaptées et étalonnées dans chaque pays du monde entier. La valeur statistique moyenne du QI est établie à 100, avec un écart type – une marge d’incertitude –, fixé à 15. Lorsque l’on représente la distribution du QI dans la population, on obtient une courbe de Gauss. On constate que 68 % de la population a un QI compris entre 85 et 115, ce qui correspond à un niveau de développement « normal ». Et 2,1 % de la population a un QI supérieur ou égal à 130, dénotant un haut potentiel intellectuel.

Les échelles ont-elles évolué depuis les années quarante…

Les échelles ont déjà été révisées à plusieurs reprises, entre autres pour intégrer les avancées de la neuro-psychologie. Ainsi, la quatrième version du Wisc, déjà éditée aux États-Unis, est actuellement étalonnée en France par les Éditions du centre de psychologie appliquée (ECPA) pour une sortie prévue au printemps 2005. Cette nouvelle version va probablement révolutionner la pratique des psychologues. Elle ne se limitera plus aux seules notions de QI verbal et de QI performance, comme on en avait pris l’habitude depuis soixante ans. Elle introduit quatre indices : compétence verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail, vitesse de traite¬ment de l’information.

Le Wisc va ainsi se rapprocher d’une autre échelle, le K-ABC, mise au point en 1983 aux États-Unis précisément pour tenir compte de certaines découvertes des neurosciences, notamment le modèle de Louria. Ce neuropsychologue russe a montré que le cerveau traitait l’information soit sur un mode séquentiel, pour construire le sens de manière déductive en faisant appel au langage, soit sur un mode simultané et global en ayant recours aux capacités visio-spatiales. Le K-ABC permet d’observer si l’enfant utilise de préférence le mode séquentiel ou le mode simultané pour résoudre certaines tâches. Mais avec ces échelles, quelles qu’elles soient, on peut détecter des enfants qui semblent surdoués alors qu’ils ne le sont pas.

Source : Article paru dans la revue « La Recherche » Entretien avec Siaud-Faccin

* Le Wppsi (Wechsler Preschool and Primary Scale of Intelligence) est la forme préscolaire du Wechsler qui couvre la période allant de 2 ans et demi à 6 ans 9 mois. On en est actuellement à la troisième version ou Wppsi-3. 

* Le Wisc (Wechsler Intelligence Scale for Children) s’adresse aux enfants de 6 ans à 16 ans 11 mois. La première version a été éditée en 1950 ; aujourd’hui, on utilise déjà la Cinquième version aux États-Unis, et elle est en cours de validation pour la France. 

* Le Wais (Wechsler Adult Intelligence Scale) s’adresse aux adultes de 16 à 89 ans. La première version a été publiée en 1930 aux États-Unis et en 1955 en France. On utilise actuellement la troisième version.